Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/274

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amour devient un tourment pour vous, que vous ne pouvez plus vivre ainsi, ni soutenir plus longtemps votre situation ? Est-ce que vous allez cesser de m’aimer, parce que ça n’est plus si agréable qu’autrefois ? Il me semble que je ne suis pas plus heureuse que vous, bien au contraire ; & pourtant je ne vous en aime que davantage. Si M. de Valmont ne vous a pas écrit, ce n’est pas ma faute ; je n’ai pas pu l’en prier, parce que je n’ai pas été seule avec lui, & que nous sommes convenus que nous ne nous parlerions jamais devant le monde : & ça, c’est encore pour vous ; afin qu’il puisse faire plus tôt ce que vous désirez. Je ne dis pas que je ne le désire pas aussi, & vous devez en être bien sûr ; mais comment voulez-vous que je fasse ? Si vous croyez que c’est si facile, trouvez donc le moyen, je ne demande pas mieux.

Croyez-vous qu’il me soit bien agréable d’être grondée tous les jours par Maman ? elle qui auparavant ne me disait jamais rien ; bien au contraire. A présent, c’est pis que si j’étais au couvent. Je m’en consolais pourtant, en songeant que c’était pour vous ; il y avait même des moments où je trouvais que j’en étais bien aise ; mais quand je songe que vous êtes fâché aussi, & ça sans qu’il y ait du tout de ma faute, je deviens plus chagrine que pour tout ce qui m’est arrivé jusqu’ici.

Rien que pour recevoir vos lettres, c’est un embarras, que si M. de Valmont n’était pas aussi complaisant & aussi adroit qu’il l’est, je ne saurais comment