Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/282

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Vous savez que, quand on passe du salon à la salle à manger, c’est toujours Mme de Rosemonde qui marche la dernière. Je lui donnerai la main. Vous n’aurez qu’à quitter votre métier de tapisserie lentement, ou laisser tomber quelque chose, de façon à rester en arrière ; vous saurez bien alors prendre la clef, que j’aurai soin de tenir derrière moi. Il ne faudra pas négliger, aussitôt après l’avoir prise, de rejoindre ma vieille tante, & de lui faire quelques caresses. Si par hasard vous laissiez tomber cette clef, n’allez pas vous déconcerter ; je feindrai que c’est moi, & je vous réponds de tout.

Le peu de confiance que vous témoigne votre maman, & ses procédés si durs envers vous, autorisent de reste cette petite supercherie. C’est au surplus le seul moyen de continuer à recevoir les lettres de Danceny, & à lui faire passer les vôtres ; tout autre est réellement trop dangereux, & pourrait vous perdre tous deux sans ressource ; aussi ma prudente amitié se reprocherait-elle de les employer davantage.

Une fois maîtres de la clef, il nous restera quelques précautions à prendre contre le bruit de la serrure & de la porte, mais elles sont bien faciles. Vous trouverez, sous la même armoire où j’avais mis votre papier, de l’huile & une plume. Vous allez quelquefois chez vous à des heures où vous y êtes seule : il faut en profiter pour huiler la serrure & les gonds. La seule attention que vous ayez à avoir, est de prendre garde aux taches qui déposeraient contre vous. Il faudra aussi attendre que la