Page:Choderlos de Laclos - Les Liaisons dangereuses, 1869, Tome 1.djvu/43

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Lettre IX

De madame de Volanges à la présidente de Tourvel au château de…

11 août 17**.

Je n’ai jamais douté, ma jeune & belle amie, ni de l’amitié que vous avez pour moi, ni de l’intérêt sincère que vous prenez à tout ce qui me regarde. Ce n’est pas pour éclaircir ce point, que j’espère convenu à jamais entre nous, que je réponds à votre réponse. Mais je crois ne pas pouvoir me dispenser de causer avec vous au sujet du vicomte de Valmont.

Je ne m’attendais pas, je l’avoue, à trouver jamais ce nom-là dans vos lettres. En effet, que peut-il y avoir de commun entre vous & lui ? Vous ne connaissez pas cet homme ; où auriez-vous pris l’idée de l’âme d’un libertin ? Vous me parlez de sa rare candeur ? Oh ! oui, la candeur de Valmont doit être en effet très rare. Encore plus faux & dangereux qu’il n’est aimable & séduisant, jamais, depuis sa plus grande jeunesse, il n’a fait un pas ou dit une parole sans avoir un projet, & jamais il n’eut un projet qui ne fût malhonnête ou criminel. Mon amie, vous me connaissez ; vous savez si des vertus que je tâche d’acquérir, l’indulgence n’est pas celle que je chéris le plus. Aussi, si Valmont était entraîné par des passions fougueuses ; si, comme mille autres, il était séduit par les erreurs de son âge, en blâmant sa conduite je plaindrais sa personne, & j’attendrais, en silence, le temps où