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MADAME ROLAND

surtout elle avait trop de spontanéité et de naturel — mais elle cultivait le beau souci de mettre son idéal et sa conscience d’accord avec ses actes et ses sentiments.


Pour Roland ce fut l’effondrement.

Depuis douze ans, toute sa vie reposait sur l’harmonie d’une union qui, sans doute, ne lui avait jamais paru exposée au moindre danger. Si l’aveu, qui fut peut-être encore plus intolérable à son amour-propre que douloureux à son cœur, se place avant le 22 janvier, il est aisé d’expliquer sa démission par un coup de tête. D’ailleurs nous pouvons nous demander si, justement, ce n’est pas ce qu’il a voulu dissimuler en répondant lui-même dans une note autographe (précaution qui lui était étrangère), à la curiosité des historiens :

La cause de la sortie de mon ministère n’a été vue par personne… j’ai honte de le dire… je n’ai pas un homme à citer… oui, si j’eusse trouvé un seul homme qui eût conservé quelque énergie… qui n’eût pas craint de monter à la tribune… sans cesse remplie par des hommes infâmes, etc…

C’est parce qu’il n’a pas trouvé cet homme qu’il est parti. Sans doute, il y avait Buzot. Mais le drame qui se jouait entre les Roland et lui, rendait son intervention impossible. Il ne pouvait plus parler pour Mme Roland qui, d’ailleurs, nous en sommes sûrs, consentait sans hésitation au départ de son mari.


M. et Mme Roland se retirèrent pour la seconde fois dans le petit appartement de la rue de la Harpe. Le second ministère avait duré cinq mois. Mais que de travaux, que de fièvres, que de tourments ! Bien des choses étaient brisées en eux. Lui avait encore vieilli, et quant à elle, il ne lui faudra pas moins que la prison et la perspective de l’échafaud, pour lui rendre son énergie et sa bonne humeur, ainsi qu’elle disait à Bancal en 1789.

Pendant les semaines suivantes, les Roland ne prennent aucune part aux événements publics. Quelques amis seuls vont