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LA RÉVOLUTION

les voir. Plus de conciliabules politiques ! Plus de muse héroïque ! Plus de fidèles au mot d’ordre ! Plus d’espérances sublimes ! La basse presse seule sait encore le nom de Roland et continue à le vociférer.

L’ancien ministre est totalement découragé de l’action. Il est pressé de se retirer au Clos. Mais, pour vivre, il a besoin de sa pension de retraite et il reprend des démarches pour en obtenir la liquidation. Quitter Paris aussitôt que possible, c’est son plus grand désir. Mais le départ ne lui sera permis que lorsqu’il aura rendu ses comptes de ministre démissionnaire. Six, sept, huit fois, il demande à la Convention d’être admis à les présenter, non par affectation d’intégrité, comme des historiens ennemis lui en ont fait le reproche, mais simplement parce qu’il a soif, ayant fait triompher sa « vertu », d’aller oublier aux champs les malheurs de sa patrie et les tourments que les hommes lui ont fait subir ; parce qu’il veut emmener sa femme loin de Buzot contre lequel il ressent une haine amère ; parce qu’enfin, il manque d’argent et ne peut soutenir le train exorbitant de la vie à Paris.

Les nouvelles de l’étranger étaient terribles. Une fois encore, l’ennemi marchait sur nous et trouvait devant lui « des populations misérablement armées mais invinciblement résolues ». Les puissances avaient déclaré « que la France avait tué la morale, supprimé le droit ». Pour commencer à la punir, les Anglais, par dévouement au droit et à la morale, s’étaient installés à Toulon, et Pitt disait gaillardement qu’à la place de la France, il y aurait désormais un blanc sur la carte de l’Europe. Tous les royaumes étaient vertueusement dressés contre nous et chassaient nos ambassadeurs. En sorte que les républicains désappointés éprouvaient que, non seulement les peuples voisins n’étaient pas prêts à s’affranchir avec reconnaissance comme ils se l’étaient d’abord naïvement persuadé, mais qu’au contraire, les évolutions trop précoces risquent d’être incomprises et peuvent être dangereuses pour les nations aussi bien que pour les individus.

La situation est affreuse aux frontières, à Paris, à Lyon, en Belgique. La Bretagne s’insurge et, en Vendée, les chefs