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MADAME ROLAND

Roland, qui n’avait pas été indifférent aux maux de sa femme, fut bientôt obligé de s’absenter. Les courriers lui apportaient des détails d’un singulier réalisme sur la santé de la mère et de l’enfant. Les femmes de cette époque ne reculaient point devant le terme propre, on le sait. Mme Roland moins qu’une autre. Cependant elle dit une fois :

Aurais-tu pensé lire jamais pareilles choses sans dégoût ? Comme l’amitié transforme et fait jeter de l’intérêt sur les objets les plus communs !

Est-ce bien sûr ? En tout cas, Roland, nullement désobligé, répond sur le même ton. L’entente est parfaite et Mme Roland élève « son cher petit gage » pour qu’il aime son père. Dès qu’elle est rétablie, elle range sa cave, veille au grenier, tient de court ses deux servantes et s’en montre enfin satisfaite lorsqu’elles travaillent à la lessive jusqu’à 3 heures du matin[1] !

Soumise à ma condition, je tiens la case propre et j’ai soin de l’enfant, consentant à ne rien faire autre jusqu’à nouvel ordre.

Le nouvel ordre arrive avec Roland qui a entrepris son Dictionnaire des Manufactures et s’est chargé, en passant à Paris, probablement afin d’augmenter les ressources du ménage[2], d’un gros travail pour l’Encyclopédie méthodique du libraire Panckouke. Le Mémoire sur les moutons a paru dans le Journal de Physique. L’Art du tourbier est en train.

La jeune mère, qui n’a pas cessé d’étudier l’anglais et l’italien, ne manque ni de travail ni de sujets de dévouement.


Les Roland de Villefranche nourrissaient depuis longtemps des prétentions nobiliaires, que le mariage du dernier fils avait

  1. C’est à cette époque, que Mme Roland mit la main sur une perle, Marie-Marguerite Fleury, qui éleva Eudora, s’attacha complètement aux Roland et mourut presque centenaire dans la vieille maison du Clos qui appartient toujours à la famille. Mme Marinier, arrière-petite-fille de Mme Roland et petite-fille d’Eudora, nous a dit qu’elle l’avait bien connue dans son enfance.
  2. Son traitement était de 5 000 francs, et il recevait quelques subsides de Villefranche. Mme Roland possédait 530 francs de rente, comme nous savons.