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MADAME ROLAND

Dans l’automne de 1784, après un voyage de six semaines en Angleterre, les Roland déménagèrent et vinrent s’installer à Villefranche dans la maison paternelle[1].

À huit kilomètres de là, sur la paroisse de Theizé, la famille possédait, comme nous l’avons dit, une maison de campagne que l’on appelait le Clos de la Platière.

C’était un rustique manoir destiné à l’exploitation du vignoble.

{{citation| L’antique héritage, dit Mme Roland[2], est assez solitaire, mais agréable. Le pays est montagneux, presque tout cultivé en vignes ; quelques bois sur les hauteurs ; les aspects sont variés ; le ciel y est beau, l’air sain, les soirées délicieuses.

Mais la contrée est si sauvage qu’elle n’est pas rassurée, à cause des loups qu’il y a dans les bois, quand son mari s’en va à cheval seul avec un domestique.

Mme Roland, si l’on en excepte quelques rares séjours à Lyon, vécut moitié à Villefranche, moitié au Clos, mais sans s’y plaire beaucoup, pendant cinq à six ans. Elle dut renoncer à conquérir sa belle-mère qui ne cachait plus un caractère insupportable et bizarre. Le chanoine était plus sympathique, mais l’ensemble de la société bien médiocre. Mme Roland avait eu beau lui faire toutes les concessions, quêter à l’église, rendre des visites fastidieuses, offrir et accepter les sempiternels repas en usage, elle ne rencontrait pas de bien bonnes dispositions chez ce qu’elle finit par appeler « la canaille caladoise[3] ». À Lyon, par Roland, elle avait connu quelques personnes plus intéressantes qu’elle aimait à recevoir, notamment lorsque l’Académie de Villefranche tenait ses séances.

C’était un détail caractéristique du mouvement social et littéraire du dix-huitième siècle, que la floraison des Académies de province. Elles étaient quelquefois bien peu importantes, elles étaient toujours extrêmement actives. En faire partie était un

  1. Un pied-à-terre à Lyon suffisait aux besoins de l’inspecteur des Manufactures.
  2. Lettre à Lavater.
  3. Les Caladois sont les habitants de Villefranche.