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LA RÉVOLUTION

son mari de tenir tête à ce mouvement hostile en lui faisant observer que, s’il est glorieux de mourir pour la patrie, « ce n’est pas au réverbère » et, « comme l’usage ne s’est pas encore introduit de lanterner les femmes, c’est elle qui ira à Lyon, car elle est décidée à voir les choses de près ».

Par Lanthenas qui était à Paris et qui, dès le premier moment s’était mêlé, ainsi que Bosc, au parti révolutionnaire, les Roland s’étaient fait des relations qui devaient exercer une grave influence sur leur destin. Ils avaient correspondu avec Camille Desmoulins et publié dans son journal un article sur les événements de Lyon. Mais c’est surtout Brissot qui devait jouer un rôle décisif dans leur carrière.

Honnête homme, Brissot vécut et mourut pauvre. Les trois chemises que sa femme faisait sécher à la fenêtre du grenier de Saint-Cloud lui composent un décor sans lequel on ne saurait plus l’imaginer. Admirateur de Franklin et de Washington, il avait fondé le Patriote français, qui parut pour la première fois le 28 juillet 1789. Sous le titre il avait inscrit en épigraphe : « Une gazette libre est une sentinelle avancée qui veille sans cesse pour le peuple. »

Cette feuille ne tarda pas à prendre de la place et à exercer de l’influence. Bosc et Lanthenas venaient souvent voir Brissot. Ils lui montraient ce qui concernait l’intérêt général dans les lettres de Mme Roland, et Brissot en intercalait des passages entiers dans ses propres écrits. Peu à peu Mme Roland, avec un goût prononcé et une profonde ferveur, se mit à composer ses lettres en forme d’articles. Brissot les recevait et les publiait en bonne place.

Par Bosc, par Brissot, par Creuzé-Latouche, les Roland entrèrent aussi en correspondance avec Henri Bancal des Issarts, qui avait quitté, quelques années plus tôt, son pays d’Auvergne pour être notaire à Paris, mais qui venait de s’apercevoir qu’il n’avait aucun penchant pour son état. En conséquence, il avait vendu son étude et était entré de plain-pied dans le mouvement révolutionnaire. Il avait été l’un des premiers membres de la Société des Amis des Noirs, fondée par Brissot contre l’esclavage, et ne manquait pas une des prome-