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LA RÉVOLUTION

douteux. Les gardes nationaux tirèrent probablement sur un ordre mal donné, mal compris. L’un d’eux se tua le soir d’un coup de pistolet après avoir écrit un mot que l’on retrouva sur lui : « J’ai juré de mourir libre. La liberté est perdue, je meurs. »

Le pouls de Mme Roland bat avec une agitation croissante. « La cour nous joue, s’écrie-t-elle avec fureur. L’Assemblée n’est plus que l’instrument de la corruption et de la tyrannie, une guerre civile n’est plus un malheur… et comme la liberté est perdue sans elle, nous n’avons plus à la craindre ou à l’éviter. » Elle apostrophe Brissot dans une lettre enflammée qu’il publie dans son journal en notant qu’« une Romaine » la lui avait écrite.

« Jette ta plume au feu, généreux Brutus, et va cultiver tes laitues ! » s’écrie-t-elle. Elle parle du « vigoureux Robespierre », du « sage Buzot », et c’est la première fois que ce nom paraît sous cette plume du moins dans les papiers qui nous sont parvenus. Pour être allée à l’Assemblée le jour où se discute l’organisation de la Garde Nationale, Mme Roland « fait vœu de ne plus retourner dans cet antre abominable où l’on se rit de la justice et de l’humanité ». Des députés comme Dubois-Crancé, d’André, Rabaud Saint-Étienne, ont demandé que seuls les « mendiants » ne puissent faire partie de la milice. Il y a cependant « beaucoup de pauvres gens qui sont momentanément obligés de recourir à l’assistance et qui n’en sont pas moins de bons et utiles citoyens », dit-elle. Et sa lettre se termine, comme presque toujours, sur un coup de clairon (supprimé par Brissot dans le Patriote français) :

Battons aux champs ou en retraite. Il n’y a plus de milieu.

Avec désespoir elle voit la Révolution sans chef et livrée au hasard :

Le peuple l’a faite par lassitude de l’esclavage. La nation éveillée a forcé ses représentants de s’élever à la hauteur où l’indignation

    l’on peut faire plus d’une fois lorsqu’on essaie de la suivre dans l’intimité de sa pensée. Vadier dit : « Je fis cette motion [pour le jugement du roi fugitif] au milieu des baïonnettes et des poignards, dans cette semaine trop mémorable où le traître La Fayette fit égorger 1200 victimes au Champ-de-Mars. »