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MADAME ROLAND

Chez les Roland, les habitués sont réunis et se consultent dans la fièvre sur le parti à prendre. La fuite de Louis XVI est d’autant plus vivement ressentie, que l’on voit dans la famille royale l’otage qui garantit la France de la guerre avec les rois voisins et des représailles de l’Émigration. Finalement, chacun se rallie à l’idée de laisser Louis XVI « en suspens » et de nommer pour l’exécutif un président national temporaire, « le héros des Deux Mondes » par exemple, suggèrent les partisans de La Fayette.

Une véritable majesté plane sur les lettres que Mme Roland écrit alors. Toujours y revient, comme une dominante, l’idée qu’elle mourra tranquille, quand l’heure aura sonné, contente si, en quelque mesure, elle a pu contribuer au bonheur des générations à venir. Un siècle plus tard, les soldats de 1914 à 1918 qui, eux, n’étaient soutenus d’aucun lyrisme et dont le cri de guerre n’était qu’un : « Il le faut ! » sombrement résolu, disaient eux aussi qu’ils donnaient leur vie pour le bonheur futur de leurs enfants.


La Fayette perdait peu à peu la confiance enfantine que le peuple avait mise en lui. Par ses gardes nationaux, il avait été le maître de Paris et, par extension, de la France dont il rêvait de devenir le Washington. Médiateur entre l’Assemblée, le roi et l’émeute, allant des uns aux autres, il n’était pas libre et cela se voyait. Ses parents et ses amis personnels exécraient la Révolution. Il voulait plaire à la reine qui le regardait comme un traître et le haïssait ; il voulait plaire à sa femme qui était très dévote ; il voulait plaire au peuple et il était cousin du marquis de Bouillé, son complice dans l’abominable massacre de Nancy : « La Fayette court à l’oubli ou à la mort », s’écriait Mme Roland, qui avait horreur du manège et dédaignait superbement les convenances privées. Bailly, La Fayette, ont-ils commandé le feu au massacre du Champ-de-Mars ? En fait, la vérité est restée très obscure. Mme Roland est-elle injuste en accusant formellement La Fayette[1] ? Le complot royaliste n’est pas

  1. Ici encore, Mme Roland se rencontre curieusement avec le sombre Vadier. Elle n’avait pas le tempérament « girondin », c’est une remarque que