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LA RÉVOLUTION

à dire. La main de Mme Roland s’y retrouve dans le travail préalable de Lanthenas, ainsi que dans l’action concertée de Pétion et de Barbaroux.

De son côté, Danton y fut pour beaucoup, bien qu’absent de Paris depuis la veille, par une mesure de prudence assez insolite chez l’apôtre de l’audace.

À l’Assemblée, pendant que l’émeute se déroulait, la séance avait lieu en l’absence des principaux responsables. Robespierre, embusqué dans un coin d’ombre, guettait l’heure de l’anarchie ; Danton prenait des vacances à Arcis-sur-Aube et, à leurs bancs, les Girondins, très espacés, attendaient les événements sans faire l’effort nécessaire pour imaginer qu’il fût possible de se passer d’un roi. Ils avaient eu le secret de concilier des principes républicains avec une action royaliste, ce qui n’empêchait pas la cour de les haïr autant que les Jacobins. Cependant, ce jour-là, les événements furent plus forts que leur incertitude et les dépassèrent. D’une voix hésitante, Pétion, maire de Paris, se leva pour demander la « déchéance du roi » et l’Assemblée, devant la victoire du peuple, sous la pression de la Commune, décida que le roi « suspendu » serait envoyé avec sa famille à la tour du Temple.

La Monarchie était renversée.

La Fayette, dont plusieurs plans pour faire évader le roi venaient d’échouer, prit la fuite. L’heure de Robespierre était arrivée. En tête du parti jacobin, valet du peuple triomphant, l’incorruptible toise en maître la Gironde.

La constitution d’un tribunal extraordinaire pour juger les traîtres est votée et le premier condamné à l’échafaud est Laporte, l’homme de confiance de Louis XVI, chez qui avaient été saisies d’irréfutables preuves de la trahison royale. Le tribunal, une fois entré en fonction, ne devait plus s’arrêter. Fouquier-Tinville était déjà présent. Un pouvoir nouveau, celui de la Commune, se tenait prêt à s’opposer à celui de l’Assemblée qui, bien malgré elle, avait renversé le trône. Jusqu’à la Convention, c’est-à-dire jusqu’au 20 septembre 1792, la lutte va se poursuivre sans merci entre la Commune et l’Assemblée d’une part, entre les Jacobins et les Girondins de l’autre.