C’était, avec M. de la Rounat, le beau temps de l’Odéon militant et jeune. Au Théâtre-Français, Pailleron apporte le Dernier Quartier. Un succès encore. Le soir de la première représentation, l’auteur se promenait autour du théâtre, dans toutes les affres de ce qu’on appelle, dans l’argot des coulisses, le trac des premières. Devant la boutique de Chevet, il avise un petit Savoyard, de ceux qui flattaient Mme Récamier en se retournant pour la regarder, et qui, là, en contemplation devant ces charcuteries succulentes, se disait que jamais, jamais, de tels mets ne seraient faits pour ses lèvres noires de suie. « Entre là-dedans, dit — voulant faire un heureux et superstitieusement — Pailleron au petit Savoyard. Oui, entre et choisis ce que tu voudras dans l’étalage. Ce que tu voudras, tu entends ! Ça m’est égal ! Je veux que tu sois content. » L’enfant, effaré, plein de doute et de joie, entra, regarda, hésita, puis, se décidant pour une humble saucisse de quelques sous, la prit en hâte et se sauva comme un voleur, sans même dire merci. Mais il avait porté bonheur à l’écrivain : le Dernier Quartier réussit brillamment.
Pailleron est d’ailleurs coutumier de ces soi-