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Page:Claretie - Édouard Pailleron, 1883.pdf/27

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meurt doucement et solitairement ; un vieux général, perclus et grognon, avec des éclats de tonnerre qui font long feu, une sorte de baron Hulot, trituré par une madame Marneffe, qui héritera du vieillard, et contraint, en attendant les collatéraux, à s’incliner avec respect devant son infamie ; des petites dames couvertes de diamants et qui risquent leur position pour un caprice. Tout ce monde bizarre où les hommes ne portent que leur prénom, où les femmes s’appellent Mme Henry ou Mme Ernest, ces amalgames de détritus parisien font encore des façons et conservent des mépris. Il y a de la hiérarchie jusqu’en cette boue. L’échelon sali semble contempler de son haut le misérable échelon placé plus bas. M. Pailleron a été à la fois gai et hardi dans ces croquis rapides et d’un relief très net, double qualité. Le vice ici demeure comique et pourtant semble répugnant.

Les Faux Ménages, admirablement joués par Bressant, Delaunay, Mlle Favart et Delphine Marquet, rapportèrent une centaine de mille francs à l’auteur qui, tout heureux, pouvait se dire : — « Enfin ! j’ai des ennemis ! »

C’est, comme on ne l’ignore pas, la marque même du succès décisif.

Au lendemain de cette belle soirée, Pailleron publiait un nouveau volume de vers, d’une éloquence belliqueuse et d’une allure vaillante, Amours et Haines. Hélas, ce n’était plus seulement Louis Veuillot qu’il allait bientôt combattre ! La guerre de 1870 arrive. Pailleron rime le Départ avant et la Prière pour la