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Page:Claretie - Édouard Pailleron, 1883.pdf/40

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est solitaire et il est mondain ; on le choie dans les salons et il s’y plaît, recherché, écouté, applaudi, et peut-être se sent-il plus heureux encore — et seulement heureux — dans le silence d’un sentier perdu où les feuilles sèches s’accumulent dans les ornières du dernier automne. Il passera quinze jours de suite à la campagne, en hiver, tout seul, regardant les arbres dénudés dans le brouillard gris, puis quinze jours de suite il ira dans le monde, plus parisiné que jamais. En 1865, à Yport, sur la falaise, il habitait un chalet de sapin, vrai navire, et y menait la vie de pêcheur, de chasseur, de nageur, se lançant, joyeux, en pleine mer. Il a composé Amours et Haines en allant à travers bois, prenant des vers à la pipée, trouvant, au détour du chemin, ces pensées de hasard qu’on ne découvre qu’en marchant et qui sont d’autant plus robustes qu’elles sont nées loin de la table de travail et de l’encrier, en pleine nature.

Friand de célébrité, Pailleron est ennemi du tapage. Il fuit la pose, je le répète. Il n’a jamais publié une lettre à sensation ni prononcé une parole sur une tombe. On ne le voit jamais aux premières. On peut chercher son portrait aux