Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/18

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Qu’est-ce qu’elles feraient, mon Dieu, toutes ces pauvres choses qui ne subsistent pas,

Sinon, par leur nature qui est de naître et de cesser, témoigner que Vous êtes ici et là ?

Dommage qu’elles ne puissent cesser aux yeux sans qu’elles déchirent le cœur.

Mais pour ce qui est de les voir mourir on est aussi bien ici qu’ailleurs.

Là-bas dans le pays que j’ai quitté, l’Europe, on trouve que les choses n’allaient pas assez vite.

Cette espèce de grande Exposition Universelle dont ils étaient si fiers tapageante, point de cesse pour eux qu’ils ne l’aient détruite.

Cette vie de soixante minutes, c’était trop long et trop ennuyeux !

A nous cette grande Coopérative, la guerre, pour détruire toute autre chose que Dieu !

Ici je n’entends plus rien, je suis seul, il n’y a que ces palmes qui se balancent,

Ce jardin mystérieux à Votre image et ces choses qui existent en silence.

Elles existent pour un moment, mais tout de même c’était beau !

Il faut ignorer son art pour trouver au Vôtre quelque défaut.