Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/19

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N’avoir écrit une phrase jamais, l’art pour deux mots ensemble en une seule image de s’éteindre,

Pour ignorer que c’est bien, ce papillon sur la rose tout-à-coup, muet comme le pinceau du peintre !

C’est un mot qu’on nous propose nécessaire et qui de lui-même sur la lèvre vient se placer.

Comment les choses auraient-elles un sens si leur sens n’était de passer ?

Comment seraient-elles complètes, si leur sort n’était de commencer et de finir ?

Et moi-même qui parle, qu’est-ce qui parle, sinon ce qui est immortel en nous et qui demande à mourir ?

Sinon ce qui se meurt d’ennui au milieu de ces choses si belles !

Si le monde ne parlait tant de Vous, mon ennui ne serait pas tel.

Si leur voix n’était si touchante, si elles ne parlaient si bien d’autre chose,

Les créatures n’auraient pas de question pour nous et nous serions en paix avec la rose.

Mais les mots, s’ils ne servent à parler, à quoi est-ce qu’ils peuvent servir ?

Et s’ils ne vous restituent ce qui est en eux, à quoi savent le rossignol et le saphir ?

Pour trouver ce qui avait, besoin d’être dit, pour nous