Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/49

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Mais le tien, comme la Sulamite, était de redemander ton âme à tous les gardiens de la Cité !

Les parts du monde et de Dieu bien dosées et le confort dans un établissement bourgeois,

Voilà ce qui était habitable par d’autres précisément que par toi.

Jamais l’Arabie ne te parut plus étrange, l’Afrique plus mystérieuse,

Que ne fut ton pays natal à tes yeux en ce jour où Dieu t’éveilla sur la Meuse.

Comme les tentures pompeuses et les milliers de cierges en feu et l’appareil empanaché des catafalques

N’ont de sens qu’amplifier la mort en ce quelqu’un d’entre nous qui se défalque,

Ainsi toute la nature, et ce grand vent amer qui des houles de la forêt tropicale passe à ce pin unique sur la triste pointe de Penzance,

C’est lui qui fait résonner notre exil en ce quelqu’un dont toute la terre est l’absence !

Que le soleil disparaisse, et les voilà donc de nouveau ces lampes où ne manquera jamais l’huile !

S’il n’y avait rien à attendre, qu’est-ce qui allume le ciel ainsi en cette éternelle vigile ?

Un cri d’oiseau, ce n’est pas si long, un sanglot de colère et de volupté,

Que notre oreille déjà n’appréhende ininterrompu le silence qui va lui succéder.