Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/54

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Elle a ce peu de temps pour se mettre avec tous ses petits une fois encore entre les bras de ce fort qui était sa citadelle.

Après quoi ce sera le réveil, et le jour, et la gare, et le grand baiser cruel.

Et l’immense foule qui fait ah ! et les wagons l’un après l’autre qui se meuvent,

Et toutes les longues années qui commencent pendant lesquelles ce ne sera jamais fini d’être veuve !



Seigneur, tout ce qu’il y avait de viril dans le pays peu à peu Vous l’avez réuni à Votre absence.

Ecoutez le cri qui vers Vous s’élève de toutes les femmes de la France !

Sion n’a plus de chef et le sort à tous les enfants commun est de n’avoir plus aucun père.

Prenez donc Vous-même la place de l’homme qui nous était nécessaire.

Rapprochez de nous un peu la façon que Vous avez de Vous taire,

Puisque tous ces êtres à qui notre âme et notre corps adhéraient maintenant ne font plus qu’un populeusement avec Vous !

On nous a coupés trop près pour que notre chair cesse si facilement d’être à nous !

Notre père qui êtes aux cieux, ayez pitié de nous !

Il faut que notre Père au ciel prenne la place jusque dans le détail de celui sur la terre qui nous est ôté.

Nous ne sommes plus que des enfants et notre orgueil est dépouillé.