Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/58

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Amie de mes jours coupables, adieu ! je renonce à ton épine,

Je ne retrouve plus la rose au milieu de la respiration divine !

Et cependant ce qui est venu vers moi, je l’accueille avec le même cœur de chair !

« Il n’y a pas deux amours », comme l’a écrit Lacordaire.

Avec le même transport d’admiration naïf d’un cœur qui charge sur tout ce qui est la beauté avec la joie !

Cette chose qui sait mon nom, comment lui refuserais-je ma foi ?

Invasion de la rose jadis, ah, n’en fus-je pas embaumé ?

Il me fallait un vin fort pour me la faire oublier.

Le vin que font une âme et un corps mis ensemble sous le pressoir,

Rien de moins que ce qui en un homme d’un Dieu exsude dans la même épaisse goutte de sang noir !

Le vin mystérieux que jadis préfigura l’ivresse de Noé,

La passion de cette grappe pour nous qui sur la croix a bouilli et fermenté !

Avec des mots qui sont des paroles moins qu’une intensification de sa présence,

Ce qui est venu en nous parle, — moins qu’il n’approfondit notre silence :