Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/68

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Celui, le même, qui jadis précéda le sommeil de l’Auteur du genre humain dans le Paradis,

Avant qu’Eve lui fût tirée du flanc sous les ombrages de l’Arbre de la Vie.

Pendant que je dors, ou que je marche, ou que j’écris, la Mer ne cesse pas d’être à mon côté,

Et je ne puis rejoindre la Patrie là-bas de nouveau sans que j’aie à la traverser ;

Là où la terre n’existe plus, là d’où vient ce mouvement sur la forêt,

D’une rive du monde jusqu’à l’autre il n’y a de chemin pour moi qu’à travers la Paix,

Cette Paix que le vent sans jamais en émouvoir la source ne cesse d’interroger avec mystère ou avec furie !

Sur les choses qu’il a créées ne cesse pas l’interrogation de l’Esprit.

La mer des hommes et des feuilles, il ne cesse de la brasser et de la remuer, la mer des peuples et des eaux !

C’est de lui qu’il est écrit : J’ai cherché en toutes choses le repos.

Et pourtant ce souffle impatient du monde il y a quelqu’un qui a su l’emprisonner.

Il a suffi naïvement pour le prendre de cette Vierge qui lui dit : Mon bien-aimé!

Un enfant dort sur son sein et la joue contre sa joue.

« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous »


Rio de Janeiro, Mai-Décembre 1917


FIN