Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/67

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IN PRINCIPIO ERAT VERBUM




L’Océan, comme la Vallée en mouvement de la Mort parcouru par les suçoirs des trombes,

A vu jadis cet homme qui portait le Christ et qui avait le nom de la Colombe,

Quand il tirait à coup de canon sur les noires colonnes d’eau qui le pressaient comme des géants,

Et pacifiait la Création déchaînée en lui faisant du haut de la poupe lecture de l’Evangile de Saint Jean.

Et plus tard pour les navigateurs qui revenaient de Mozambique et de Timor,

Le fait, au-dessus des vapeurs de la cuisine, et des armes qu’on astique, et des faibles conversations du bord,

Etait le craquement d’une poulie ou de l’autre là-haut, toutes voiles travaillantes dans le grand souffle régulier

Jour et nuit qui du Pôle jusqu’à la Ligne prend toute la largeur de la Mer,

Moi de même aujourd’hui je suis là, et pendant que la plume à la main je transforme les sacs de sucre et de café en milreis et que je dépouille la Bible,

Je lève de temps en temps la tête et j’écoute, et dans les palmes j’entends le même souffle irrésistible,