Page:Claudel - La Messe là-bas, 1919.djvu/71

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L’OFFRANDE DU TEMPS






Le militant, plein de déchirures et de boue, et qui certes n’est pas un saint,

Mais qui porte audacieusement la grande croix rouge sur le cœur comme Saint Georges, afin que chacun sache qu’il est dans les ambulances et chrétien,

N’a pas fait quatre pas de sa route qu’il n’entende de tous côtés

Le gémissement de ces Ames qui sont dans la captivité.

Que lui parle-t-on, comme s’il ne les connaissait pas, de l’Enfer et du Purgatoire ?

Son pas chaque jour dès ce monde en emprunte le territoire

Et réveille sous la terre tout un peuple embouteillé

En des vases si étroits que la tête ne peut y passer !

Ils ne bougent aucunement, ils cuisent et crient avec desespoir !

Et certes, on voudrait les secourir, s’arrêter et leur donner à boire.

Mais bonnes âmes qui parlez d’altruisme, allez-y ! voici notre frère humain,