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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/131

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LOUIS. — La vraie vie est présente avec toutes ces choses que nous avons à y faire et qui attendent de nous l’existence.

Le passé est mort, la vie s’ouvre et le chemin devant nous est déblayé.

LUMÎR. — Je n’ai point de goût à cette terre étrangère.

LOUIS. — La chose qu’on a faite n’est pas une étrangère pour nous.

LUMÎR. — Je n’ai rien fait autrement que par loyauté,

À mon frère, à mon père. Tous deux sont morts et j’ai récupéré cet argent.

Maintenant, je suis libre et déliée et toute seule dans ce vaste univers !

Unique et absolument seule.

LOUIS, amer. — Il y a la patrie là-bas.

LUMÎR. — Sans père, sans patrie, sans Dieu, sans lien, sans bien, sans avenir, sans amour !

Rien autour de moi que la pluie sempiternelle, ou ce soleil blanc plus effrayant que la mort,

Qui ne me montre rien autour de moi que des