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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/150

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SICHEL. — Et quand cela serait encore ?

LOUIS. — Cela prouve que vous me connaissez.

SICHEL. — Cela prouve que je vous aime.

LOUIS. — Cela prouve que vous me désirez, moi, mon nom, mon avenir et ma fortune.

SICHEL. — Tout ensemble ! Pourquoi haïrais-je rien de ce qui est à vous ? Oui, c’est tout cela ensemble que je veux ! C’est tout cela qui est pour moi et dont je sais l’usage.

Qu’en aurait-elle fait, cette Polonaise absurde ? Ce petit morceau de glace ardente ? Regarde comme elle vient de te lâcher.

Je sais, Je suis une Juive, j’ai tout machiné pour te prendre. N’est-ce pas ? Pauvre innocent, j’ai tout préparé de bien loin contre toi.

Et quand cela serait encore ?

Ai-je tant d’amis ? Tant de ressources ? Tant d’armes sur quoi compter ? Ah, je n’ai que moi-même toute seule et je suis Juive.

Et cette pierre écrasante sur nous à remonter, cette malédiction sur nous comme une mâchoire à desserrer !