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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/151

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Voici tant de siècles que nous sommes séparés de l’humanité ! Tant de siècles chez nous que l’on est mis à part comme de l’or dans la bourse d’un avare ? La porte s’ouvre, tant pis pour ceux qui nous ont lâchés ! Tant pis pour toi, mon beau capitaine ! Je t’aime et tu verras que je suis la fille de la Faim et de la Soif ! Tu es beau !

Nous ne sommes pas blasés, nous autres !

La porte s’est ouverte enfin ! Ah, je renie ma race et mon sang ! J’exècre le passé ! Je marche dessus, je danse dessus, je crache dessus !

Ton peuple sera mon peuple et ton dieu sera mon dieu.

Je serai à toi, mon beau capitaine, et tu verras si je ne puis te servir à rien.

LOUIS. — Juive, tiens-toi, et ne me lèche pas ainsi les mains passionnément comme ces affreux petits chiens fiévreux et affectueux.

Je t’épouse parce que je ne puis faire autrement et tu ne me fais pas peur.

Tu tires sur moi avec une lettre de change de mon père.

C’est bien, j’honore la signature, il le faut.