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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/49

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LUMÎR. — Non, je ne crois pas.

Monsieur le Comte, est-ce qu’il y a beaucoup de gens dans votre vie qui vous aient dit : Turelure, j’ai confiance en vous ?

TURELURE. — Ah, petite rusée ! Comme tu sais trouver la place faible d’un vieux bonhomme !

LUMÎR. — Dois-je vraiment partir ?

TURELURE. — Non !

LUMÎR. — Comte, vous êtes riche et je n’ai rien, et le peu que j’avais n’était pas même à moi.

TURELURE. — Ce Louis est un grand coquin !

LUMÎR. — L’argent des femmes — ce sont des femmes qui l’ont ramassé, — l’avarice des mères et des veuves, la dot des jeunes filles, le pain des orphelins, les larmes et le sang des proscrits et des martyrs ! Pas un sou qui ne soit poissé de sang.

TURELURE. — Tout cela sert à défricher les jujubiers de la Mitidja.

LUMÎR. — Il est lâche de me voler ainsi, abusant de ma faiblesse !