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Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/65

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SICHEL. — C’est cela ce que tu vas mettre dans la main à ton fils ?

TURELURE. — Ou peut-être lui écrire, quand il sera parti.

SICHEL. — L’âge rend les gens imbéciles.

TURELURE. — Une certaine imbécillité n’est pas inutile à l’agrément de l’existence.

SICHEL. — Non, tu en as ta part !

TURELURE. — Cette union immorale avec une Juive coûtait à ma conscience.

SICHEL. — À ta conscience ?

TURELURE. — À ma conscience. J’ouvre les yeux enfin.

J’ai eu des torts envers vous. Je vous ai séduite.

SICHEL. — Il est vrai. Je n’ai pas su vous résister.

TURELURE. — Moi non plus. J’ai brisé votre carrière d’artiste.

Ah, j’ai eu de grands torts envers vous ! Le meilleur moyen pour moi de les reconnaître est de ne pas essayer de les réparer.