Page:Claudel - Le Pain dur, 1918.djvu/84

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Louis

Vous êtes toujours là quand je suis triste, quand j’ai la fièvre ;

Quand on est vaincu.

Toujours calme, toujours jeune, forte, avisée, et toujours prête à partir dans les vingt minutes.

Pas une heure de votre temps depuis ces six années que vous ne m’ayez consacrée, à moi et à mon bien.

Vous avez toujours cru aux possibilités de la Mitidja, ah, c’est un lien entre nous !


Lumîr

Je vous ai même donné tout ce que j’avais.


Louis

Je le sais.


Lumîr

Et ce que je n’avais pas : ces dix mille francs sacrés.


Louis

Je vous les rendrai.


Lumîr

Dans un mois, vous serez vendu et tout sera fini.


Louis, violemment.

On ne me vendra pas ma terre !


Lumîr

L’échéance est le 30.


Louis

Je vous dis qu’on ne me vendra pas !