Page:Claudel - Trois poëmes de guerre.djvu/18

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Tant qu’il y aura son avenir à plaquer sur la table, tant qu’il y aura sa vie à donner,

Sa vie et celle de tous les siens à donner, ma femme et mes petits enfants avec moi pour les donner,


Tant que pour arrêter un homme vivant il n’y aura que le feu et que le fer,

Tant qu’il y aura de la viande vivante de Français pour marcher à travers vos sacrés fils de fer,


Tant qu’il y aura un enfant de femme pour marcher à travers votre science et votre chimie,

Tant que l’honneur de la France avec nous luit plus clair que le soleil en plein midi,


Tant qu’il y aura ce grand pays derrière nous qui écoute et qui prie et qui fait silence,

Tant que notre vocation éternelle sera de vous marcher sur la panse,


Tant que vous voudrez, jusqu’à la gauche ! tant qu’il y en aura un seul ! Tant qu’il y en aura un de vivant, les vivants et les morts tous à la fois !

Tant que vous voudrez, mon général ! Ô France, tant que tu voudras !


Juin 1915