Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/114

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Si nous devons réussir, cependant, c’est en persévérant dans la voie que nous nous sommes tracée dès le début. Il nous faut éclairer la masse des objets afin de permettre à l’esprit de les distinguer les uns des autres et de saisir les rapports dans lesquels ils se tiennent ; il nous faut séparer ce qui a de l’importance de ce qui n’en a pas et débarrasser le bon grain de l’ivraie que l’erreur a partout laissée croître. Là où les idées se réunissent et se pénètrent de façon à former un principe ou une règle, la théorie le doit indiquer au lecteur et le lui faire sentir.

Les idées fondamentales et les vues lumineuses que l’esprit peut rapporter de ses pérégrinations dans ces hautes régions de l’art militaire, la théorie les lui doit signaler. Mais là s’arrête l’aide qu’il en peut attendre, car elle ne saurait lui fournir des formules pour la solution des problèmes pas plus que lui indiquer la voie étroite qu’il doit suivre. Après lui avoir montré la masse des objets et leurs relations, elle l’abandonne de nouveau à lui-même et, dès qu’il faut agir, le laisse prendre ses déterminations dans la mesure des moyens dont il dispose et de la puissance morale dont il est doué. De cette double équation jaillit généralement le sentiment vrai et la juste appréciation de ce qu’il convient de faire, et les méditations de l’esprit paraissent avoir moins d’influence sur ce résultat que l’urgence même ou le péril de la situation.