Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/117

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Cette modification ne suffit pas cependant pour nous conduire du concept primitif de la guerre aux formes concrètes que nous lui voyons presque partout revêtir. La guerre n’apparaît généralement que comme une irritation réciproque qui porte chacun des adversaires à prendre les armes pour sa propre sûreté, pour inspirer de la crainte à l’autre et pour profiter d’une occasion favorable si celle-ci vient à se présenter. Dès lors ce ne sont plus deux éléments destructeurs qui se heurtent, mais de petites décharges isolées qui se succèdent à de plus ou moins longs intervalles.

Pourquoi cependant l’orage n’éclate-t-il pas dans toute sa puissance ? Pourquoi la conception philosophique n’est-elle pas satisfaite ? — Cela tient au grand nombre d’objets, de forces et de rapports avec lesquels la guerre entre en contact dans la vie de l’État. En s’entre-croisant ces innombrables intérêts forment un dédale où la conséquence logique est difficile à suivre, et l’homme qui dans les grandes comme dans les petites circonstances est généralement plus enclin à obéir à ses premiers mouvements qu’à peser et à raisonner ses actions par avance, l’homme se rend à peine compte ici de l’obscurité dans laquelle il marche et du peu de justesse et de portée de ses déterminations.

Mais, lors même que l’intelligence qui décide de la guerre serait assez puissante pour parcourir tous ces rapports sans perdre un instant de vue le but final à atteindre, comme les autres intelligences dans le gouvernement de l’État ne le pourraient faire, elles contrarieraient son action par leur inertie et, dès lors, pour entraîner toute la masse il lui faudrait une force de volonté si exceptionnelle que la plupart du temps elle serait insuffisante.

Qu’elle se rencontre chez l’un ou chez l’autre des adversaires ou chez tous deux, cette inconséquence