Page:Clausewitz - Théorie de la grande guerre, III.djvu/32

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cet effet que peu à peu et n’y parvient pas si le temps nécessaire lui fait défaut. Dans maintes circonstances le monde intellectuel est soumis à cette loi du monde physique. Lorsque l’homme est lancé dans une certaine direction, il ne suffit pas d’un motif plausible pour l’en détourner, et le temps, le calme et les impressions successives du raisonnement le portent seuls à s’arrêter. Il en est ainsi à la guerre. Lorsque, de part et d’autre, l’esprit suit une direction déterminée, d’un côté pour arriver au but, de l’autre pour gagner le port du salut, il peut facilement arriver que les motifs qui sollicitent l’un des adversaires à s’arrêter et l’autre à aller de l’avant ne se fassent pas sentir dans toute leur force, et que, par suite, emportée par le mouvement l’attaque compromette l’équilibre en dépassant sans s’en apercevoir le point limite de pénétration. Il peut même se faire que, malgré l’épuisement de ses forces physiques mais sollicitée par les forces morales qui se rencontrent de préférence en elle, et semblable en cela à ces chevaux ardents qui d’un seul coup de collier font gravir une côte escarpée à la charge à laquelle ils sont attelés, l’attaque estime avoir moins de dangers à aller de l’avant qu’à s’arrêter.

Nous croyons avoir ainsi démontré, sans crainte d’être contredit, comment l’attaquant peut dépasser le point où, en s’arrêtant et en passant à la défensive, il pourrait encore tenir tête à son adversaire et par conséquent rester en équilibre. Il est donc, de part et d’autre, très important de savoir déterminer ce point dans le plan de campagne, pour l’attaquant de peur qu’entreprenant plus qu’il ne peut faire il ne s’endette pour ainsi dire, et, pour le défenseur, afin de reconnaître et d’utiliser la faute si l’adversaire s’y laisse tomber.

Jetons maintenant un coup d’œil rétrospectif sur tous les objets dont le général en chef a à tenir compte dans