Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/116

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des variétés bien plus déplaisantes de l’espèce psittaquienne, mais il s’en serait volontiers débarrassé en faveur de quelque confrère plus fervent admirateur que lui du jeune tribun. Si les opinions politiques de miss Cocotte ne le gênaient en rien et s’il était tout prêt à lui accorder la liberté la plus absolue de parler, toutes les fois qu’on lui ouvrait la porte de sa cage, elle mettait à sac son pauvre mobilier, en véritable révolutionnaire, déchirant avec son maudit bec les meubles et les tentures, creusant des trous à l’emporte-pièce dans ses livres et jusque dans le bois de son fauteuil, et salissant tout ce qu’elle ne mettait pas en pièces ; mais elle avait une prédilection toute particulière pour les chaises de canne, dont le rotin lui rappelait peut-être sa patrie, et elle y découpait d’énormes lunes. Bref, au bout de huit jours, l’appartement de l’infortuné journaliste était dévasté et aussi malpropre que si les Prussiens y eussent bivouaqué. Mais, s’il hasardait quelque observation, Mme Gueuxarcher se courrouçait, et chaque accès de courroux causait au moins la mort d’une assiette, la seule chose que respectât le volatile.

Il va sans dire que le journaliste donnait à tous les diables sa femme et sa perruche, sans que le diable acceptât jamais ce magnifique cadeau ; mais un mot drôle de l’une ou de l’autre le désarmait, et, réprimant un éclat de rire, il se replongeait dans la politique ou dans l’archéologie transcendante, sans plus songer au saccage régulier et quotidien de de son ménage. Il y avait déjà quinze grandes années qu’il était martyrisé de la sorte, ce qui ne l’empêchait pas d’aimer sa turbulente moitié, et il se prenait à aimer aussi l’acolyte dévastatrice qu’elle s’était adjointe, lorsque survint un événement qui la lui fit aimer tout à fait.

Le perroquet gris est certainement le plus intelligent de toute cette famille intelligente. Son langage, essentiellement varié, n’est pas, comme celui des autres, une molle imitation du langage humain ; il est essentiellement artiste et musicien, écoute avec ravissement toute espèce de musique, et soigne sa prononciation avec autant de sollicitude qu’un sociétaire de la Comédie française.

G. d’Orcet. — Revue Britann.

(à continuer).