Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/326

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
322
REVUE CANADIENNE



Les pleurs que dans votre calice
La Nuit épanche de ses yeux,
Sont le vin pur du sacrifice
Que l’aurore offre avec délice
Au Maître des fleurs et des cieux.

Tout autour de vous est en fête :
L’air est rempli des champs d’oiseaux,
Le lézard sort de sa cachette,
Et la brise, en passant, vous jette
Le doux murmure des ruisseaux.

L’amour anime toute chose
D’un souffle divin, créateur :
Le papillon qui se repose
Sur la corolle à peine éclose,
L’ornant d’une corolle sœur ;

L’insecte qui déjà bourdonne
La chanson qu’il apprit de Dieu,
Le brin d’herbe qui s’abandonne
À la caresse que lui donne
L’onde qui sourit au ciel bleu.

Les nids s’emplissent de promesses
Et retrouvent leurs douces voix ;
Tout buisson cache des tendresses
Et des bonheurs, et des caresses,
Qui vont bientôt peupler les bois.

Espérance, joie infinie.
Amour, précieux don du ciel,
Voix de la forêt rajeunie,
Torrents de divine harmonie,
Montez, montez, vers l’Éternel !

Avec vous mon âme s’élance
Jusqu’au pied du trône de Dieu ;
Ma prière monte en silence,
Comme ces parfums que balance
La main du lévite au saint lieu.


Mai, 1879. Ernest Marceau.