Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/355

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le désert il brillera d’une façon inerte et produira sur l’âme un sentiment invincible de tristesse et d’isolement, à cause de son silence et de son vide ; mais la même lumière n’a pas sitôt donné sur une scène variée que l’esprit se réveille, et les sentiments d’abord vagues et confus se dégagent par un mouvement nécessaire qui est la vie. L’homme est ainsi fait : il lui faut toujours du changement sans que pour cela il arrive toujours à quelque chose de définitif ici-bas ; il cherche, tâtonne, attrape çà et là quelques rares jouissances, et marchant d’illusions en illusions, n’ayant de réel que le chagrin et la douleur, il s’use enfin comme tout ce qui est matériel et passager ; l’âme seule devenue libre peut atteindre l’idéal qui lui est réservé, et cet idéal est Dieu, centre unique auquel doivent tendre nos facultés et nos désirs.

D’après ce qui précède on peut conclure que les prairies de l’Ouest et les Montagnes Rocheuses sont les privilégiées de la lumière ; mais il ne faut pas craindre d’ajouter qu’elles ont un cachet indéfinissable de mélancolie. Enfin il est à espérer que les malades ne s’effrayeront pas de cette appréciation, qui sous un certain rapport n’est pas aussi désavantageuse qu’on le pourrait croire ; au contraire la persistance de jours sans nuages est une des conditions nécessaires pour le rétablissement de ceux qui ont une santé délabrée et qui, après tout, n’ont que faire des fantômes de l’imagination.

S’il est important d’appuyer sur les qualités d’un climat, il l’est encore plus de faire connaître ce qu’il a de défectueux. Telle température, telle latitude peuvent réussir dans certains cas, tandis qu’elles sont nuisibles dans d’autres circonstances, soit en causant de nouvelles maladies, soit en aggravant celles déjà existantes. Si donc le climat du Colorado est favorable aux phthisiques, il engendre au contraire les rhumatismes et le catarrhe, à cause de ses fréquentes transitions du chaud au froid, de ses vents brusques, et d’une poussière telle qu’on en voit peu d’exemples dans d’autres pays. Cette dernière qui dit-on renferme beaucoup d’alcali, affecte particulièrement les fosses nasales et la gorge et détermine une inflammation plus ou moins grave de ces organes. Enfin la légèreté de l’air et l’excitation du système nerveux qui s’ensuit, font que les affections du