Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/39

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PETITE CAUSERIE



Au moment où je trace ces lignes, on se prépare à aller applaudir une actrice du théâtre français. Causons théâtre.

Ozanam, nouvellement arrivé à Paris, étant un jour allé rendre visite à Châteaubriand, celui-ci lui demanda s’il était allé au théâtre. Non, répondit Ozanam. Eh bien ! n’y allez pas, lui dit l’auteur des Martyrs : vous n’y gagneriez certainement rien et vous pourriez y perdre beaucoup.

Tel n’eût pas été, assurément, l’avis de beaucoup de fines têtes de Québec et de Montréal.

Je ne comprends pas le naïf engouement de certaines braves gens de nos villes canadiennes pour les acteurs et les actrices, et je suis tout à fait de l’avis de Jean Piquefort qui reprochait à un écrivain, d’ailleurs non dépourvu de talent, d’avoir fait figurer mademoiselle Lajeunesse dans une série de biographies où se trouvait celle de l’évêque de Montréal, monseigneur Bourget.

Cette pauvre mademoiselle Lajeunesse, elle déplore elle-même, dit-on, sa condition d’actrice, et regrette que l’art musical soit devenu de nos jours presque inséparable du drame : On m’a raconté qu’une jeune fille de Montréal lui ayant exprimé son chagrin de ne pouvoir être, comme elle, une actrice, elle répondit : Et moi je regrette de ne pas vivre, comme vous, de la vie domestique.

Un écrivain français éminent a dit : Il peut y avoir des gens bien nés parmi les acteurs — ils sont très rares —, mais leur métier n’est pas bon.

Je ne veux pas être pessimiste : il y a parfois l’indice de quelque chose de bon même dans le goût du théâtre. Ce sentiment, chez quelques personnes sans expérience, a pour cause la soif de l’idéal, cet idéal que le théâtre promet toujours sans jamais le donner.