Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/391

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Français dans cette direction, une longue suite d’années avant Jolliet. [1]

Nicolet et Chouart [2] sont les découvreurs qui tiennent la tête de la liste et qui ont été suivis de près par d’autres explorateurs.

Ajoutons que Nicolet agissait sous les instructions de Champlain, et Chouart d’après celles des Pères jésuites — ce qui, joint aux bons résultats de leurs voyages dans ces pays nouveaux, les classe bien au-dessus des coureurs de bois. Leur incontestable instruction, le branle qu’ils imprimèrent aux missions et à la traite, la renommée qu’ils s’étaient acquise de leur vivant (mais que deux ou trois générations ont fini par oublier) tout plaide en faveur de leur cause.

Les brochures et les livres parus depuis que l’on écrit sur la découverte du Mississipi sont composés comme autant de plaidoyers d’avocat, c’est-à-dire que tel qui « occupe » pour Jolliet néglige ou méprise la Salle — et réciproquement. Or, la question n’est pas là. Il s’agit de savoir depuis quand le Mississipi est venu à la connaissance des nations civilisées et surtout de quelle manière, nous les Canadiens ou habitants français du Canada, nous nous en sommes emparé. Si l’on envisage le tableau que présente l’histoire ainsi étudiée on s’écarte bien vite de l’idée que la Salle, Marquette ou Jolliet ont tout deviné, exécuté, fondé ! C’est à peine si la Salle, le seul fondateur des trois, a pu tenter quelques travaux — et cela avait lieu cinquante ans après Nicolet, vingt-cinq ans après Chouart, quinze après Jolliet et Marquette.

Parce que nous n’avons pas de narration solennelle et circonstanciée qui nous explique comment et à quelles dates les premiers Canadiens ont parcouru les rives du Mississipi ou se sont établis sur les rivières qui se déversent dans ce fleuve, faut-il conclure que personne autre que deux ou trois chercheurs, découvreurs, révélateurs, nous ont fait cadeau de ces vastes provinces du midi ? Est-ce que les Canadiens des dix-sept et dix-huitième siècles attendaient qu’une contrée fut « découverte » ou notée sur les cartes du gouverne-

  1. Consultez notre ouvrage intitulé La Verendrye, chapitre des Découvertes et des Découvreurs.
  2. Voir notre étude dans l’Opinion Publique, août 1875.