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REVUE CANADIENNE


L’abri pour le sommeil, le pain pour le repas,
Je les trouve.


Le pauvre homme ! Un des plus forts actionnaires de la Banque Nationale de Belgique, un millionnaire, il trouve « un souper, un gîte et le reste » comme le disait le bon Lafontaine, qui lui n’avait jamais su compter.


Le juste — hélas, je saigne, où sont ceux que j’aimais ?
Sent qu’il va droit au but quand au hasard il marche.


Si ce n’était pas un sacrilège, ne dirait-on pas une cheville des mieux conditionnées ? Et l’idée : va droit au but quand au hasard il marche — n’est-ce pas précisément ce que je vous disais : le certain, c’est l’incertain.

Le ciel ouvert, l’étoile à nu, qu’y voit-on ? Ténèbres et mystère ! L’Ombre partout. Il faut, pour y arriver marcher à tâtons. Pour atteindre son but, il faut marcher au hasard. N’est-ce pas sublime ? Ô irrévérencieux mortels ! Prosternez-vous, et adorez. Vous ne voyez rien, vous ne savez pas où vous allez ; marchez toujours ; l’inconnu c’est le certain, le ciel ouvert, c’est l’Ombre, l’étoile à nu c’est… qu’est-ce que ça pourrait bien être ?


Je dis : Espère et crois, qui que tu sois qui souffres.


Quelle harmonie ! Et comme cela fait bien, crié à l’ombre immense !


Je sens trembler sous moi l’arche du pont des gouffres ;
Pourtant je passerai, j’en suis sur. Avançons.
Par moments la forêt penche tous ses frissons
Sur ma tête, et la nuit m’attend dans les bois traîtres ;


Ce sont là quatre beaux vers. Eh ! personne n’a prétendu que Victor Hugo n’en faisait pas. Seulement ces quatre vers sont-ils suffisants pour racheter le baroque, le burlesque, le galimatias du reste ?

Le reste de la pièce est du style dur, prosaïque, obscur, sybillin, de la plus mauvaise manière de Victor Hugo. Et c’est cela qu’on nous donne comme échantillon des « Quatre Vents de l’Esprit ? »