Page:Collectif - Revue canadienne, Tome 1 Vol 17, 1881.djvu/496

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CAUSERIE SCIENTIFIQUE.



Un des plus curieux spectacles à contempler dans le mouvement des hommes et des sociétés qui se déroule sous nos regards comme un vaste panorama, est bien celui qui nous représente cette course universelle vers l’inconnu.

L’inconnu dans l’ordre matériel a bien sa raison d’être, et la transmutation des métaux en or, si elle n’est qu’un rêve irréalisable, n’en a pas moins son côté excusable.

Ici, il ne s’agit pas de cela : il s’agit de cette maladie, de cette fièvre délirante qui s’est emparé des masses, de la foule, et qui lui donne le vertige ; il s’agit de l’inconnu dans l’ordre intellectuel : pénétrer dans les secrets intimes de la pensée ; remuer toutes les pages de votre vie, et vous les lire comme si c’était dans un livre ouvert ; révéler votre passé, votre présent et votre avenir d’après la construction des lignes de vos mains ou de votre front, d’après les bosses de votre crâne, communiquer avec vos amis, vos parents, enfin enlever à Dieu le plus grand de ses attributs, qui est la prescience, voilà la course affolée à laquelle se livrent les hommes, plus que jamais de nos jours. Mesmer avait apporté en France un baquet magnétique ; le baquet magnétique conduisit au magnétisme, le magnétisme au somnambulisme, le somnambulisme nous a conduit au spiritisme.

Le magnétisme était trop matériel ; il fallait l’abandonner. Faire tourner une table, un chapeau, ce n’était pas suffisant ; il fallait tourner les têtes. D’ailleurs, Faraday n’expliquait-il pas « les tables tournantes » par l’action involontaire des muscles ? Les naïvetés du magnétisme somnambule surtout étaient impuissantes à captiver longtemps l’attention publique, et l’on comprit que des questions étant posées d’une certaine manière, il fallait être imbécile pour ne pas déviner les réponses. Bref, le magnétisme devint insuffisant, et on lui retira la confiance qu’on lui avait d’abord accordée.