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CAUSERIE MUSICALE.

L’ORGUE. — (Suite.)


Phraser, accentuer et nuancer constituent l’expression, et complètent une interprétation d’artiste.

Phraser c’est ponctuer, inciser le discours musical, donner aux divers passages d’une composition la distinction, le relief désiré.

L’on a pu croire jusqu’ici que l’orgue n’était pas susceptible de phraser et d’accentuer, qu’un éternel et uniforme sostenuto était son seul titre à l’expression. L’on ne songeait pas que précisément le sostenuto, comme la thèse inséparable de l’antithèse, devait rendre sensible la moindre altération dans la durée des sons de l’orgue, le contraste du moindre silence, et par conséquent démontrer la possibilité d’une ponctuation musicale, des distinctions les plus délicates, du phraser le plus complet.

Pour bien phraser, il faut posséder quelques notions de la forme en général et en particulier du genre le mieux adapté à l’orgue.

Une composition régulière est un ensemble de phrases ayant un sens musical défini.

Une phrase quelque peu développée se compose de plusieurs membres, divisés à leur tour en fragments ou dessins mélodiques, reconnaissables à un contour rythmique particulier, et le plus souvent à l’identité avec laquelle ils se reproduisent, soit dans le cours du même membre de phrase ou du suivant.

Une composition dont les phrases offrent une correspondance d’un nombre équivalent de mesures, ainsi qu’un retour régulier des repos harmoniques ou cadences, appartient à la forme métrique. Une sonate de Mozart, d’Haydn sont des modèles du genre métrique ou symétrique [1]. Quand ce parallélisme de la phrase et ce retour périodi-

  1. L’air si connu de Lulli : « Au clair de la lune » offre un exemple très simple du genre métrique.