Page:Collins - La Femme en blanc.djvu/822

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s’ouvrit alors toute grande, et l’homme aux cheveux blonds, l’homme à la joue balafrée, — l’homme que j’avais vu, quelques jours avant, suivre en cabriolet le comte Fosco, cet homme sortit de la chambre. Comme je m’écartais pour le laisser passer, il me salua ; — son visage était d’une pâleur effrayante, et en descendant, s’appuyait fortement à la rampe de l’escalier.

Je poussai la porte, et j’entrai chez Pesca. Il était roulé sur lui-même, de la plus étrange façon, dans un coin du sofa. Comme je m’approchais, il sembla se rapetisser encore : on eût dit qu’il voulait m’éviter.

— Est-ce que je vous dérange ? lui demandai-je. Je ne savais pas que vous aviez un ami chez vous, et ne m’en suis douté qu’en le voyant sortir.

— Ce n’est pas un ami, répondit Pesca fort ému. Je l’ai vu aujourd’hui pour la première et dernière fois.

— Je crains qu’il ne vous ait apporté de mauvaises nouvelles ?

— D’horribles nouvelles, mon bon Walter !… Retournons à Londres… Je ne veux plus rester ici… Je regrette sincèrement d’y être venu. Les infortunes de ma jeunesse pèsent sur moi d’un poids bien lourd, dit-il en tournant son visage du côté de la muraille. C’est un rude fardeau pour mon âge mûr… Je m’efforce de les oublier ; mais elles ne m’oublient pas, elles !

— Je ne crois pas, répliquai-je, que nous puissions partir avant ce soir. Vous conviendrait-il, d’ici-là de m’accompagner dans mes courses ?

— Non, mon ami ; j’attendrai ici. Mais partons aujourd’hui !… Partons, je vous le demande en grâce…

Je le quittai en l’assurant que nous sortirions de Paris dans la soirée. Nous étions convenus, la veille, de monter aux tours Notre-Dame, et d’y relire certains chapitres du beau roman de Victor Hugo. Rien, dans la capitale de la France, ne m’inspirait une curiosité plus vive ; — et je m’acheminai seul vers la vieille cathédrale.

En arrivant, par les quais du côté de Notre-Dame, je passai naturellement devant la Morgue, ce terrible charnier de Paris. Il y avait grande foule et grand tumulte