Page:Collins - Le Secret.djvu/104

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ne pouvait actuellement se préoccuper en aucune façon des réparations projetées afin de rendre habitables les appartements du nord, et cela par suite d’une affliction de famille qui pourrait absolument modifier ses intentions quant aux changements à faire dans cette partie du manoir. Cet entrepreneur, en conséquence, dès que l’escalier ouest fut terminé et les rampes consolidées, battit en retraite, emmenant ses ouvriers. Porthgenna-Tower se retrouva livré à la femme de charge et à la domestique placée sous ses ordres, sans que ni maîtres ni conviés, visiteurs, amis ou étrangers, vinssent éveiller l’écho de ses corridors solitaires, ou porter quelque vie à ses appartements déserts.

À partir de ce moment, huit mois s’écoulèrent, et la femme de charge n’entendit plus parler de ses maîtres, si ce n’est qu’elle retrouvait parfois leurs noms dans quelque paragraphe de la feuille locale, avec quelque allusion fort vague à leurs projets présumés de revenir, sous peu de temps, habiter le vieux manoir et prendre en main les intérêts de leurs tenanciers. Parfois aussi, quand ses affaires l’amenaient au bureau de poste voisin, l’intendant recueillait quelques rumeurs concernant ses patrons, parmi les anciens amis et les anciens serviteurs de la famille Treverton. En groupant les renseignements ainsi obtenus, la femme de charge fut amenée à penser que M. et mistress Frankland étaient retournés à Long-Beckley après avoir reçu la nouvelle de la mort du capitaine Treverton, et qu’ils y avaient vécu d’abord dans la plus profonde retraite. En quittant Long-Beckley (si du moins le récit des journaux méritait créance), ils étaient allés dans les environs de Londres, où ils s’étaient établis chez des amis à eux, pour le moment en voyage, et dont la résidence était ainsi disponible. Ils avaient dû y faire quelque séjour, car la nouvelle année était venue sans apporter la nouvelle d’aucun changement. Janvier et février passèrent de même. Dès les premiers jours de mars, l’intendant eut affaire dans la ville voisine. Il en rapporta, de retour à Porthgenna-Tower, relativement à M. et mistress Frankland, un nouvel ouï-dire qui fit singulièrement travailler l’imagination de la femme de charge. En deux endroits différents, et tous deux parfaitement sûrs, l’intendant avait entendu plaisanter sur certain accroissement de responsabilité domestique échéant à ses maîtres, lequel allait se traduire par l’achat d’un berceau et la prise à loyer d’une nourrice, le tout pour la fin du printemps ou le début de l’été. En bon an-