Page:Collins - Le Secret.djvu/16

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dans ces simples paroles échangées à travers les rideaux d’un lit de mort.

Sarah, dont les mains tremblaient toujours, alluma deux flambeaux, les plaça en hésitant sur une table auprès du lit, attendit un moment encore, regardant tout autour d’elle avec une timidité soupçonneuse, et enfin tira les rideaux.

Le mal dont se mourait mistress Treverton était un des plus terribles dont l’humanité ait reçu le legs, un de ceux qui semblent plus spécialement l’apanage des femmes ; un de ceux qui, la plupart du temps, minent la vie dans ses organes les mieux cachés, sans qu’aucune trace de ses formidables progrès apparaisse sur le visage des victimes qu’il va faire. En voyant mistress Treverton, telle qu’elle apparut au moment où sa femme de chambre ouvrait les rideaux, une personne peu au courant de son état ne se fût jamais imaginé que tous les secours de l’art, si puissants qu’on les lui offrît, étaient désormais superflus. Les indices du mal à peine marqués sur son visage, les inévitables atténuations qu’offraient maintenant les contours arrondis naguère, échappaient presque au regard, ébloui par l’étonnante conservation d’un teint qui était resté frais et pur, et transparent, et radieux comme aux plus beaux temps de sa jeunesse encore vierge. Maintenant ce visage reposait sur l’oreiller encadré de riches dentelles, couronné d’une belle chevelure brune aux vifs reflets, et on eût dit celui d’une belle femme relevant à peine de quelque passagère maladie, ou même se reposant après quelques fatigues inaccoutumées. Sarah Leeson elle-même, qui l’avait soignée dès le début, pouvait croire à peine, la contemplant à cette heure, que les portes de la vie se fussent refermées derrière elle et que, debout au seuil du tombeau, la mort impérieuse lui fît déjà signe.

Sur le couvre-pied du lit, quelques brochures aux pages cornées étaient éparses. Dès que les rideaux furent ouverts, mistress Treverton fit signe à sa suivante de les enlever. C’étaient des pièces de théâtre, dont certains passages soulignés à l’encre, annotés à la marge, avec indication d’entrées et sorties, de mouvements scéniques, etc., etc., indiquaient l’étude assidue. Les domestiques, en parlant de la profession qu’exerçait leur maîtresse, avant son mariage, n’étaient point dupes de faux renseignements. Leur maître, déjà parvenu à la maturité de l’âge, avait effectivement pris pour femme une jeune actrice encore inconnue, qui depuis deux ans seulement jouait sur un