Page:Collins - Le Secret.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comme vous répondrez au souverain juge le jour où nous comparaîtrons tous devant lui. »

Serrant ses mains l’une dans l’autre, Sarah, pour la première fois, leva sur sa maîtresse un regard assuré. Pour la première fois elle prit la parole sans hésitation.

« Si je me croyais en état de mourir, dit-elle… oh ! combien volontiers je changerais de place avec vous !

— Promettez-moi de donner ce papier à votre maître, répéta mistress Treverton… Promettez-le-moi !… ou plutôt, non… je ne croirais pas à votre promesse. Apportez la Bible… celle dont le prêtre, ici même, se servait ce matin… Apportez-la, si vous voulez que je demeure en paix dans ma tombe… Apportez-la, ou j’en sortirai pour venir vous retrouver… »

En répétant cette menace, la mourante riait convulsivement. La femme de chambre, à moitié folle de peur, obéit encore.

« Oui !… oui !… la Bible dont le prêtre s’est servi, continua mistress Treverton d’un ton distrait, après que le livre eut été posé devant elle… Le prêtre… un brave homme… pauvre tête… Je lui ai fait une peur !… Il m’a demandé, Sarah : « Êtes-vous en paix avec tous vos semblables ?… » Et j’ai répondu : « Avec tous, excepté un… » Vous savez lequel ?

— Le frère du capitaine… oh ! madame, n’emportez pas cette haine avec vous !… Mourez en paix avec tous, même avec lui !

— Ainsi disait le prêtre, reprit mistress Treverton, dont les yeux commençaient à errer sans but dans l’espace, comme ceux de l’enfant au berceau, tandis qu’elle parlait de plus en plus bas, articulant de moins en moins chaque syllabe. Il faut pardonner, disait le prêtre… Et je répondais : « Non. Je pardonne à tous, pas à mon beau-frère… » Le prêtre s’est écarté du lit tout effarouché… Il a parlé de prier pour moi, de revenir près de moi… Pensez-vous, Sarah, qu’il revienne ?

— Sans doute, sans doute, répliqua la suivante… C’est un digne homme… Il ne manquera pas de revenir… Et alors, oh ! alors, dites-lui que vous pardonnez au frère du capitaine… Ces mots insultants qu’il vous adressait le jour de votre mariage, il les expiera, n’en doutez point, tôt ou tard… Pardonnez-lui donc… Avant de mourir, pardonnez-lui ! »

Tout en parlant ainsi, elle voulait, sans que sa maîtresse