Page:Collins - Le Secret.djvu/25

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pression irritée. Ce moment passa. Aussitôt après, éteignant tout ce qui restait des lueurs vitales, l’ombre que la mort projette devant elle vint planer sur le visage apaisé à jamais.

Le docteur, accompagné de la garde-malade et de l’un des domestiques, entra dans la chambre, et, s’approchant du lit à la hâte, vit tout aussitôt que l’heure était à jamais passée où ses services eussent pu produire quelque bien. S’adressant d’abord au valet qui l’avait suivi :

« Allez, lui dit-il, prier votre maître de m’attendre chez lui ; j’irai sous peu lui parler. »

Sarah était demeurée debout, immobile, muette, ne prenant garde à rien ni à personne, au pied du lit mortuaire.

La garde, en s’avançant pour rapprocher les rideaux, ne put l’envisager sans un frémissement nerveux, et s’adressant au docteur :

« Je crois, monsieur, dit-elle, que cette personne ferait bien de quitter la chambre. » L’accent donné à cette remarque indiquait un certain mépris. « Il me semble, continua la garde, qu’elle est troublée, effrayée au delà de toute raison par ce qui vient d’arriver.

— Vous avez raison, répliqua le médecin. Il vaut mieux qu’elle sorte d’ici. Permettez-moi de vous engager à nous quitter un moment, » ajouta-t-il, posant sa main sur le bras de Sarah.

Elle recula aussitôt, comme par méfiance, et, levant une main à la hauteur de sa poitrine, à l’endroit même où la funèbre missive était cachée, elle l’y tint étroitement collée, tandis que, de l’autre main, elle cherchait un flambeau.

« Vous feriez bien, dit le docteur lui en offrant un, de vous reposer un peu dans votre chambre… Attendez, cependant, continua-t-il après avoir réfléchi un instant ; je vais porter la triste nouvelle à votre maître, et peut-être voudra-t-il être informé des dernières paroles que mistress Treverton a pu prononcer devant vous. Il vaudrait donc mieux m’accompagner, et attendre à la porte du capitaine que j’aie pu m’entretenir avec lui.

— Oh ! non… non… pas à présent !… au nom du ciel, non !… »

Et, tandis qu’elle prononçait ces paroles à voix basse avec un empressement suppliant, Sarah, qui s’était dirigée vers la porte, disparut tout à coup sans qu’il fût possible de lui adresser un seul mot.