Page:Collins - Le Secret.djvu/24

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diriger vers elle ; puis cette main retomba, et, dans une étreinte frémissante qui exprimait une sorte d’irritation, enveloppa de nouveau celle de Sarah. La pauvre femme ne sut pas résister à cet appel suprême.

« Je le jure.

— Jurez qu’après ma mort vous n’emporterez pas ce papier avec vous si vous quittez cette maison. »

Sarah hésita devant cette seconde promesse. Une nouvelle étreinte, plus faible que la première, vint l’avertir qu’on n’avait pas le temps d’attendre, et de nouveau tomba de ses lèvres le serment solennel :

« Je le jure.

— Jurez… » reprit pour la troisième fois mistress Treverton ; mais la voix lui manqua comme auparavant, et cette fois elle essaya vainement d’en retrouver l’usage.

Sarah leva les yeux et vit, altéré par des contractions nerveuses, ce visage si beau : la main blanche et délicate, étendue vers la table où les médicaments étaient posés, y promenait des doigts crispés et roidis.

« Vous avez tout bu, cria-t-elle se levant en pieds, car elle avait compris le sens de ce geste désespéré… Madame, chère maîtresse, vous avez tout bu… Il ne reste plus que l’opiat… Laissez-moi sortir… laissez-moi vous aller chercher… »

Un coup d’œil de mistress Treverton l’arrêta court avant qu’elle n’eût pu achever sa phrase. Un mouvement rapide était imprimé aux lèvres de la mourante. Sarah posa son oreille tout contre. D’abord elle entendit seulement une respiration haletante et pénible… puis elle y distingua, par intervalles, quelques paroles confusément mêlées.

« Ce n’est pas tout… il faut jurer… Plus près, plus près… rapprochez-vous !… une troisième promesse… Votre maître… jurez de lui donner… »

Les derniers mots se perdirent dans un faible murmure… Les lèvres qui les avaient articulés à si grand’peine s’écartèrent tout à coup, et ne se refermèrent plus. Sarah s’élança d’un bond vers la porte, et l’ouvrant, demanda des secours à grands cris… puis elle revint en courant près du lit, saisit la feuille de papier sur laquelle était écrit de sa main ce que lui avait dicté sa maîtresse, et la cacha dans son sein. Le dernier regard que lui adressèrent à ce moment les yeux de mistress Treverton était chargé d’indignation et de reproches ; et ils gardèrent, pendant un moment plein d’angoisse, cette ex-