Page:Collins - Le Secret.djvu/35

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Ces mots étaient à peine tombés de ses lèvres, que, regagnant la partie habitée du vieux manoir, elle suivit le corridor souterrain qui menait à l’appartement de la femme de charge, y entra résolument, et décrocha un paquet de clefs pendu à un clou. Ce paquet portait une étiquette d’ivoire sur laquelle étaient écrits ces mots : Clefs des appartements du nord.

Elle posa ces clefs sur un bureau proche d’elle, prit une plume, et, sur la feuille restée blanche de la lettre écrite par ordre de sa maîtresse, elle ajouta ces lignes :

« Si jamais ce papier venait à être découvert (ce qui ne sera pas, je le désire de toute mon âme), je veux qu’on sache que je me suis décidée à le cacher parce que je n’ose pas montrer à mon maître l’écrit qu’il renferme, bien que cet écrit lui soit adressé. En agissant ainsi, bien que j’aille à l’encontre du désir suprême de ma maîtresse, je ne romps pas l’engagement solennel que, sur son lit de mort, elle m’a fait contracter envers elle. Cet engagement m’oblige à ne pas détruire ce papier, et à ne le pas emporter si je quitte la maison. Je ne ferai certainement ni l’un ni l’autre, mon dessein étant tout simplement de le cacher dans celui de tous les endroits où j’ai le moins à craindre que jamais il soit retrouvé. Tout inconvénient, tout malheur pouvant résulter de cette fraude, qui est mienne, ne doit retomber que sur moi. D’autres, ma conscience me l’affirme, n’en seront que plus heureux, ignorant à jamais le secret que ce papier était destiné à dévoiler. »

Elle signa ces lignes de son nom, les passa rapidement dans le buvard qui garnissait le bureau, plia le papier, le prit, et, s’emparant du paquet de clefs, non sans jeter autour d’elle un regard inquiet comme si elle redoutait l’œil de quelque espion, elle sortit. Depuis le moment où elle avait franchi le seuil de cette chambre, tous ses actes avaient été soudains et précipités. Elle craignait évidemment de se donner à elle-même le loisir de la réflexion.

En quittant l’appartement de la femme de charge, elle prit à gauche, monta un escalier dérobé, et ouvrit, tout en haut, une porte qui lui barrait le passage. Au moment où le battant tourna sur ses gonds, un nuage de poussière flotta autour d’elle. Une fraîcheur sépulcrale la fit frissonner, tandis qu’elle traversait une grande salle dallée où pendaient les toiles, çà et là séparées de leurs cadres vermoulus, de quelques sombres