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ESSAI

SUR LES IDÉES POLITIQUES
DE
MONTAIGNE ET LA BOËTIE


S’il fut un siècle pareil au nôtre pour les agitations civiles et le mouvement des esprits, c’est assurément le xvie siècle, le siècle des révolutions religieuses et du libre-examen, de la Réforme et de la Ligue. La Société était tiraillée en tout sens ; les gouvernements étaient contestés ; des formes nouvelles étaient opposées aux formes anciennes et consacrées ; l’idée religieuse officielle était attaquée dans l’Église, dans l’État ; la démocratie catholique, excitée par une maison puissante et par un clergé tremblant, entrait violemment les affaires, tenait Paris par les Seize, et s’y dressait en formidable commune. Le but des ligueurs était précis : ils défendaient la vieille foi, sinon la vieille monarchie ; ils la défendaient par l’épée, et le désordre était immense. Les revendications populaires se glissaient sous les transports religieux. On massacrait les nobles et les bourgeois, les magistrats et les rois mêmes, après avoir tué les protestants ; on soutenait contre l’armée légale, qui était celle de Henri IV, le siège le plus affreux, toutes les horreurs de la peste et de la famine, plutôt que de se rendre. Et néanmoins on voyait aussi, comme en nos temps, des savants nombreux, des écrivains distingués, des publicistes ardents, parfois de doctes amis, comme étaient Cicéron et Atticus dans l’antiquité au milieu des longs troubles romains.