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LE SAUMON ET SES MIGRATIONS

à joindre le parti de pêche de la Godbout cette saison-là. Je pense que c’était en 1860. Il était à présumer que la question de la diète du saumon avait dû venir sur le tapis, parce qu’à cette occasion, instructions furent données de n’éventrer et trancher le saumon qu’en présence de tous les membres du parti.

Quand, par après, cette opération eut lieu, je me tins auprès comme tous les autres, surveillant l’éventrement de chaque saumon et l’ouverture de chaque estomac. Je m’imaginais que l’on avait perdu quelque chose, et, avec ma curiosité d’enfant, je demandai ce que l’on cherchait. Le colonel Charteris me répondit et eut l’obligeance de m’expliquer que l’on n’avait jamais trouvé de traces d’aliments dans l’estomac d’un saumon, et que c’était pour démontrer le fait qu’on examinait le poisson.

— Comme vous pouvez le voir, ajouta-t-il, c’est absolument exact. Pas une parcelle de nourriture n’a été trouvée dans un de ces saumons.

Il y en avait six ou sept.

— Oui, lui répliquai-je, ceci peut bien être exact quant à ce qui en est de ces poissons-là, mais je puis vous en montrer des centaines avec l’estomac rempli à crever, de capelan.

— Vous le pouvez ? dit-il.

— Assurément que oui, Monsieur.

— Eh bien, mon jeune garçon, fit-il, attends un peu. Je n’en veux pas une centaine, mais apportes-en un, un seul et ça me satisfera.

Je promis, et le lendemain, je pris un saumon des filets et je le lui apportai. Il fut ouvert en présence de toute la société, le Dr Adamson, le capitaine Holyoake, le major Howard et le colonel. L’estomac était bourré de capelans, environ une quinzaine, à différents stages de digestion.