Page:Comeau - La vie et le sport sur la Côte Nord du Bas Saint-Laurent et du Golfe, 1945.djvu/198

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PERDU DANS LA FORÊT

de ses pas ; il vint m’ouvrir la porte. Du premier coup d’œil, je constatai qu’il n’avait pas occupé son lit, ce qui fit que je lui demandai carrément s’il y avait quelque chose qui n’allait pas. Il me répondit qu’il n’y avait rien, mais qu’il avait peur des Indiens et qu’il craignait, comme il était étranger, qu’ils l’assassineraient et le scalperaient. Il me dit aussi qu’il avait entendu un hurlement étrange dès la première nuit, — probablement celui d’un chien — et que depuis cette nuit-là, il s’était caché sous le lit pour dormir.

Nous eûmes un bon moment de gaieté et nous lui assurâmes qu’il pouvait dormir sans crainte dans son lit. Ce fut cependant longtemps avant qu’il puisse se remettre de cette première impression.

Ce fut aussi lui qui me fournit la première occasion d’observer l’état d’esprit des gens qui s’égarent dans la forêt. Malgré que l’on ne considère pas les fourrures comme étant de saison avant novembre, on fait toujours d’avance les préparatifs de chasse. Les trappeurs qui vont à de longues distances dans l’intérieur, partent au mois d’août, et il peut se passer un mois avant qu’ils arrivent à leurs terrains de chasse. Puis, il leur faut construire ou réparer des camps, préparer des caches, endroits où l’on emmagasine des provisions, remettre les trappes en ordre, fabriquer raquettes et traîneaux, etc.

Il leur faut aussi faire la pêche, soit au filet, soit à la ligne, afin d’avoir des appâts pour le vison et la martre, et ces appâts, il faut les faire sécher. Toute cette besogne préliminaire prend un temps considérable.

C’est avec toutes ces préoccupations dans la tête, qu’un jour j’entrepris ma première excursion avec William. Nous devions être absents deux semaines, puis revenir chercher mon frère, au moment où la trappe allait commencer. Notre terrain de chasse,